Namur

Renforcer la lutte contre le sexisme : une priorité du cdH

Au cours des cinq dernières années, les plaintes pour faits de harcèlement (en rue, sur les réseaux sociaux…) ont augmenté de plus de 40 % à la Police de Namur (347 actuellement pour 246 en 2016). Les plaintes pour sexisme se limitent, elles, à cinq pendant la même période. La Police de Namur étudiera un nouveau dispositif de lutte contre le sexisme, expérimenté à Liège. C’est la réponse donnée par le Bourgmestre suite à la question que Dorothée Klein, cheffe du groupe cdH, a posée, ce 26 janvier au soir, au Conseil de Police. L’élue communale demandait si la Police namuroise pouvait s’inspirer d’une initiative liégeoise, soit un dispositif policier pour lutter contre le sexisme.

A la mi-décembre, en effet, une Namuroise affirmait, dans une publication facebook, avoir été suivie par un individu. Elle mettait en garde les femmes et les filles. Son post a fait à ce point le buzz que la porte-parole de la Police a appelé à déposer plainte plutôt que de lancer l’alerte sur les réseaux sociaux.

C’est malheureusement plus facile à dire qu’à faire. Plus de 9 femmes sur 10 déclarent avoir déjà été victimes de sexisme. Mais l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes enregistre moins de 200 signalements annuels. Le phénomène est banalisé. Mais c’est un feu clignotant, parfois le premier signe d’un comportement de plus en plus violent, d’un engrenage préoccupant.

Il existe pourtant une loi anti-sexisme, depuis 2014, qui punit tout auteur de comportements sexistes d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 50 à 1000 euros.

Il y a une série de raisons au sous-signalement. L’une d’entre elles est évidemment le problème de la preuve, la parole de la victime contre celle du présumé agresseur, etc.

La Police de Liège a peut-être trouvé une parade. La presse s’en faisait l’écho, le 21 décembre dernier, car cette initiative a été couronnée de deux prix du Réseau Intersection, un réseau inspiré du Québec et créé en Belgique en 2017, qui a pour objectif de favoriser l’échange d’idées, de bonnes pratiques et de projets en matière de Police de proximité.

L’initiative émane du commissariat d’Outre-Meuse et est portée par la commissaire Pascaline Lambert. A l’origine, un constat : les inspecteurs sont interpellés par les doléances de citoyennes, mais aussi par les inspectrices mêmes. Quand ces dernières ne portent pas l’uniforme, elles font aussi l’objet de commentaires ou de comportements à caractère sexiste notamment dans le centre-ville.

La Police a donc proposé au Parquet un dispositif particulier : des policières liégeoises se sont promenées en civil dans les rues fréquentées de la Cité ardente, dans des parcs et sur le Ravel. Elles étaient suivies de loin par des policiers prêts à intervenir, en cas de comportements tombant sous le coup de la loi. Et c’est ce qui s’est produit. Il y a eu trois interventions entre juillet et octobre dernier. 26 personnes ont été interpellées. 16 PV ont été rédigés et 10 rappels à la loi ont été faits. A la télévision locale RTC, la commissaire a reconnu que le dispositif avait fonctionné au-delà des attentes.

Ce dispositif a été mis en place par la Police et le Parquet, en concertation avec le Service du plan de prévention de la Ville de Liège et la Commission Ville et Femmes (l’équivalent de notre plateforme Namur’Elles).

Il s’agit aussi d’une opération de sensibilisation : la commissaire Pascaline Lambert encourageait, dans le reportage de RTC, les femmes à déposer plainte, mais aussi les témoins à réagir. Des folders d’information ont été distribués à ces derniers lors des interventions.

Le Parquet a garanti la suite pénale appropriée aux PV et orienté les auteurs pris sur le fait vers l’asbl Praxis pour un suivi personnalisé, cette association étant spécialisée dans l’accompagnement thérapeutique des agresseurs.

 Namur n’est pas Liège ni Bruxelles. Mais le sexisme et le harcèlement de rue sont des phénomènes massifs. Ils n’épargnent pas les Namuroises, spécialement dans certaines artères, parcs, etc. Comme son nom l’indique, l’espace public ne devrait pas être réservé à un seul genre. Il n’est pas acceptable que les femmes n’y aient pas accès comme les hommes, sans se faire siffler, harceler… au point d’avoir peur et que nombre d’entre elles changent d’itinéraire, voire parfois déménagent dans des quartiers plus sûrs, en dehors de la Ville.

La Police namuroise étudiera donc la question d’une application de ce dispositif à l’échelle namuroise, avec le Parquet et la Ville.